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SCI : IR ou IS ? Le calcul complet, revente comprise

Sources BOFiP · Légifrance citéesMis à jour le 16 juin 2026Lecture 25 min
SCI

Le choix entre l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés est la décision la plus structurante de toute SCI, et la plus difficile à corriger. Elle ne se résume pas à « quel régime paie le moins d’impôt cette année ». Elle engage la fiscalité de vos loyers pendant toute la détention, celle de la revente, celle de la transmission, et elle est, pour l’option IS, en grande partie irréversible.

Ce guide pose le calcul complet, sans raccourci : comment chaque régime impose vos loyers année après année, pourquoi l’IS séduit pendant la détention mais peut coûter très cher à la revente, comment se comparent déficit foncier et amortissement, et comment trancher selon votre projet réel, rendement, durée, transmission, effet de levier. Avec deux cas chiffrés, une grille de décision et le volet expatriation, souvent décisif. À la fin, vous saurez non pas « quel régime est le meilleur » dans l’absolu, la question n’a pas de réponse universelle, mais lequel correspond à votre projet, votre horizon et votre besoin de liquidité.

SCI : pourquoi le choix IR/IS est décisif

Une SCI (société civile immobilière) est une structure qui détient et gère des biens immobiliers, dont vous possédez des parts. Par défaut, elle est transparente fiscalement : elle ne paie pas d’impôt elle-même ; ce sont les associés qui déclarent leur quote-part de résultat. C’est le régime de l’impôt sur le revenu (IR), via les revenus fonciers.

Mais la SCI peut opter pour l’impôt sur les sociétés (IS). Elle devient alors « opaque » : elle calcule son propre résultat, paie l’IS, et ce qui est distribué aux associés est imposé une seconde fois comme des dividendes. Ce basculement change tout : la base imposable, les charges déductibles, le sort de la revente, la transmission.

La difficulté, c’est que les deux régimes ont des logiques inverses dans le temps. L’IR est relativement lourd pendant la détention (les loyers s’ajoutent à vos revenus, à votre tranche marginale) mais doux à la revente (abattements pour durée de détention, exonération à terme). L’IS est doux pendant la détention (l’amortissement efface une grande partie du résultat imposable) mais souvent brutal à la revente (les amortissements sont réintégrés). Choisir, c’est arbitrer entre ces deux temporalités selon votre horizon.

La SCI à l’IR : la transparence fiscale

À l’IR, chaque associé déclare sa quote-part de revenus fonciers et l’ajoute à ses autres revenus. Le résultat foncier est imposé à votre tranche marginale d’imposition (0, 11, 30, 41 ou 45 %) plus les 17,2 % de prélèvements sociaux. Pour un contribuable dans la tranche à 30 %, un loyer net foncier supporte donc près de 47,2 % de prélèvements, c’est le point faible de l’IR pour les hauts revenus.

Côté charges, le régime réel permet de déduire les charges réelles : intérêts d’emprunt, taxe foncière, assurance, frais de gestion, et surtout les travaux d’entretien, de réparation et d’amélioration. En dessous de 15 000 € de loyers bruts annuels, le micro-foncier applique un abattement forfaitaire de 30 %, simple, mais rarement optimal dès qu’il y a des travaux ou des intérêts.

Point clé : à l’IR, on n’amortit pas le bien. Vous ne pouvez pas déduire chaque année une fraction du prix de l’immeuble. C’est la grande différence avec l’IS, et elle explique pourquoi, à loyers élevés et faibles travaux, l’IR finit par être lourd : il n’y a pas de charge « comptable » pour absorber le revenu.

En contrepartie, la revente est avantageuse : elle relève du régime des plus-values immobilières des particuliers, avec un abattement pour durée de détention conduisant à une exonération d’impôt sur le revenu au bout de 22 ans et de prélèvements sociaux au bout de 30 ans.

La SCI à l’IS : l’amortissement comme levier

À l’IS, la SCI déduit de son résultat l’amortissement du bien : chaque année, une fraction du prix de l’immeuble (hors terrain, non amortissable) vient en charge, comme s’il se « consommait ». Sur un immeuble, cet amortissement représente souvent 2 à 3 % du prix par an, réparti par composants. Résultat : pendant la détention, le résultat imposable est fortement réduit, parfois nul, surtout avec un emprunt dont les intérêts s’ajoutent aux charges.

Le résultat net, après amortissement et charges, est soumis à l’IS au taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice (sous conditions), puis 25 % au-delà. C’est nettement moins que la tranche marginale d’un associé fortement imposé. Pour un investisseur qui réinvestit ses loyers et ne cherche pas à les consommer, l’IS optimise la trésorerie : l’argent fructifie dans la société, peu fiscalisé.

Mais il y a un prix. D’abord, pour sortir le cash de la SCI, la distribution de dividendes est imposée à 30 % (PFU). Ensuite et surtout, l’amortissement n’est pas un cadeau : il est « repris » à la revente. C’est l’objet de la section sur la revente, là où le régime IS révèle sa face cachée.

IR ou IS pour votre SCI ?

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L’effet de levier : pourquoi l’IS brille avec un emprunt

L’avantage de l’IS pendant la détention est démultiplié par l’emprunt. Quand vous financez l’immeuble à crédit, les intérêts sont déductibles dans les deux régimes, mais à l’IS, ils s’ajoutent à l’amortissement pour réduire encore le résultat. Pendant les premières années, où les intérêts sont élevés, le résultat imposable d’une SCI à l’IS endettée est souvent nul, voire déficitaire : vous encaissez des loyers, remboursez votre crédit, et ne payez quasiment pas d’impôt.

Ce mécanisme transforme l’IS en machine à capitaliser : les loyers, peu fiscalisés, servent à rembourser l’emprunt et à constituer un patrimoine dans la société. Pour un investisseur en phase d’accumulation, qui ne cherche pas à consommer ses loyers mais à bâtir un parc, c’est redoutablement efficace.

Le revers reste le même : cette capitalisation se fait dans une société dont la revente sera taxée lourdement, et dont la sortie de cash coûte 30 %. L’effet de levier amplifie l’avantage de détention et la dette latente. Il accentue donc la logique « IS = je garde et je transmets, je ne revends pas ».

Composants, terrain et durée d’amortissement

L’amortissement à l’IS n’est pas un chiffre unique. Le bien se décompose en composants amortis sur des durées différentes : la structure (gros œuvre) sur le plus long terme, la toiture, les façades, les agencements et installations sur des durées plus courtes. Cette « ventilation par composants » permet d’optimiser l’amortissement des premières années.

Surtout, le terrain ne s’amortit pas : il est réputé ne pas se déprécier. Or le terrain peut représenter une part importante du prix, parfois 10 à 20 %, bien davantage dans les zones tendues. Cette fraction échappe à l’amortissement, ce qui réduit d’autant l’avantage de l’IS sur les biens à forte valeur foncière (centres-villes, grandes métropoles).

La conséquence pratique : l’IS est d’autant plus puissant que la part « bâti » est élevée par rapport au terrain. Un immeuble de rapport en zone moyenne, à fort bâti, en tire plus d’avantage qu’un petit bien sur un terrain cher. Cette ventilation se documente sérieusement, car elle est scrutée en cas de contrôle.

Le match pendant la détention

Prenons un immeuble locatif générant 24 000 € de loyers annuels, avec 6 000 € de charges courantes (taxe foncière, gestion, assurance) et, à l’IS, un amortissement annuel d’environ 10 000 €. Voici la mécanique, pour un associé à la tranche de 41 %.

SCI à l’IRSCI à l’IS
Loyers24 000 €24 000 €
Charges déductibles6 000 €6 000 €
Amortissementnon déductible10 000 €
Base imposable18 000 €8 000 €
Impôt annuel (ordre de grandeur)≈ 10 500 €≈ 1 200 €

Pendant la détention, l’IS écrase l’IR : moins de base, taux plus bas. L’écart annuel, ici de l’ordre de 9 000 €, est spectaculaire et explique l’engouement pour l’IS. Mais ce tableau est incomplet : il ignore deux choses. D’une part, à l’IS, cet impôt faible suppose de laisser l’argent dans la société ; le distribuer rajoute 30 %. D’autre part, les 10 000 € d’amortissement annuels creusent une dette fiscale latente qui se paiera à la revente. Pour un associé qui aurait besoin de récupérer ses loyers chaque année, l’avantage IS s’évapore en grande partie : après distribution à 30 %, l’écart avec l’IR se réduit fortement. L’IS n’est donc pleinement gagnant que pour qui peut laisser l’argent travailler dans la société.

Le piège de la revente : là où tout bascule

C’est la section que trop d’investisseurs découvrent trop tard. À l’IR, la plus-value de revente se calcule simplement : prix de vente moins prix d’achat, avec des abattements qui finissent par l’exonérer. À l’IS, la plus-value est professionnelle et se calcule autrement : prix de vente moins valeur nette comptable, c’est-à-dire le prix d’achat diminué de tous les amortissements pratiqués.

Concrètement, chaque euro d’amortissement déduit pendant la détention augmente d’autant la plus-value taxable à la revente. Et cette plus-value professionnelle ne bénéficie d’aucun abattement pour durée de détention : elle est imposée à l’IS (15 %/25 %), puis, pour récupérer le produit, à nouveau au moment de la distribution.

Revente (immeuble acheté 300 000 €, revendu 400 000 € après 20 ans)SCI à l’IRSCI à l’IS
Plus-value de référence100 000 €≈ 300 000 €*
Abattement durée de détentionexonération possibleaucun
Imposition à la reventefaible à nulleélevée (IS + distribution)

*Si 200 000 € d’amortissements ont été pratiqués, la valeur nette comptable tombe à 100 000 €, et la plus-value professionnelle ressort à 400 000 − 100 000 = 300 000 €.

La logique se renverse donc à la revente : ce que l’IS vous a fait économiser pendant vingt ans, il vous le reprend largement le jour de la vente. D’où la règle d’or : l’IS n’est intéressant que si vous ne comptez pas revendre, ou si vous transmettez les parts plutôt que de céder l’immeuble.

Limiter le piège : céder les parts plutôt que l’immeuble

Existe-t-il un moyen d’atténuer la facture de revente à l’IS ? Une piste consiste à céder les parts de la SCI plutôt que l’immeuble lui-même. La cession de parts d’une société à l’IS relève alors du régime des plus-values sur titres (PFU à 30 %), et non de la plus-value professionnelle sur l’immeuble au niveau de la société.

Mais ce n’est pas une formule magique : l’acquéreur des parts hérite de la dette fiscale latente (la valeur nette comptable basse, donc une future plus-value professionnelle élevée s’il revend l’immeuble). Il en tiendra compte et négociera le prix à la baisse. Le gain fiscal du vendeur se paie en partie d’une décote sur le prix de cession.

D’autres stratégies existent, apport des parts à une holding, donation avant cession, conservation jusqu’à la transmission, mais toutes confirment la même règle : à l’IS, la sortie se prépare dès l’entrée. Improviser la revente d’une SCI à l’IS, c’est s’exposer à la facture maximale, là où une sortie pensée en amont peut en absorber une partie.

Déficit foncier (IR) vs amortissement (IS)

Ces deux mécanismes sont les leviers fiscaux propres à chaque régime, et on les confond souvent. À l’IR, quand les charges (travaux notamment) dépassent les loyers, vous créez un déficit foncier : il s’impute sur votre revenu global jusqu’à 10 700 € par an (hors quote-part d’intérêts d’emprunt, reportable seulement sur les revenus fonciers), l’excédent étant reporté pendant dix ans. C’est un outil puissant pour un contribuable lourdement imposé qui réalise de gros travaux : il efface une partie de son impôt global. Attention toutefois à une règle : pour conserver le bénéfice de l’imputation sur le revenu global, le bien doit rester loué pendant les trois années qui suivent. Une revente ou un arrêt de location trop rapide peut entraîner la remise en cause du déficit imputé.

À l’IS, l’amortissement joue un rôle comparable mais permanent : il réduit chaque année le résultat, sans dépendre de travaux. Il est plus « lisse » et plus durable que le déficit foncier, mais il se paie à la sortie (réintégration à la revente), alors que le déficit foncier, lui, est définitivement acquis.

En résumé : le déficit foncier est un avantage immédiat et définitif, conditionné à des travaux ; l’amortissement est un avantage récurrent mais différé (vous le « remboursez » à la revente). Un investisseur qui rénove lourdement et garde le bien longtemps peut préférer l’IR pour capter le déficit foncier ; un investisseur qui veut lisser un fort cash-flow sur la durée penchera pour l’IS.

L’irrévocabilité de l’option IS

Voici le point qui rend l’erreur si coûteuse : l’option pour l’IS est, en principe, irrévocable. Depuis la réforme de 2019, vous pouvez y renoncer jusqu’au terme de la cinquième année suivant celle de l’option ; passé ce délai, le choix de l’IS devient définitif. Vous ne pourrez plus revenir à l’IR.

Cela signifie qu’un mauvais arbitrage initial vous engage potentiellement pour toute la vie de la SCI, avec, au bout, le piège de la revente. À l’inverse, la SCI à l’IR qui n’a jamais opté conserve sa souplesse. C’est une raison de ne pas opter pour l’IS à la légère, sur le seul argument du gain pendant la détention, sans avoir modélisé la sortie.

En pratique, beaucoup d’investisseurs basculent à l’IS séduits par le faible impôt annuel, puis se trouvent prisonniers d’un régime qui taxera lourdement leur revente, sans pouvoir faire machine arrière. La fenêtre de renonciation de cinq ans est une sécurité, mais elle suppose de réaliser son erreur à temps.

Comment et quand opter pour l’IS

L’option pour l’IS se formalise par une notification au service des impôts dont dépend la SCI. Elle peut être exercée dès la création de la société, ou en cours de vie, en respectant le délai prévu (en principe avant la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel on souhaite être soumis à l’IS).

Le moment de l’option n’est pas neutre. Opter dès l’acquisition permet d’amortir le bien sur sa valeur d’entrée et de bénéficier pleinement du levier pendant la phase d’emprunt. Opter plus tard sur une SCI déjà à l’IR fait basculer la société, avec des conséquences sur la valorisation d’entrée des biens et d’éventuelles plus-values latentes à gérer au moment du changement de régime.

Surtout, rappelez-vous la fenêtre de renonciation : vous disposez jusqu’au terme de la cinquième année suivant l’option pour revenir en arrière. Au-delà, c’est définitif. Cette période est votre seule marge de correction, autant l’utiliser pour vérifier, chiffres réels en main, que l’IS tient ses promesses sur votre cas, avant qu’il ne soit trop tard.

SCI et location meublée : l’erreur à ne pas commettre

Un piège fréquent : vouloir faire de la location meublée dans une SCI à l’IR. La location meublée est une activité commerciale (relevant des BIC), incompatible avec l’objet civil d’une SCI transparente. Au-delà d’une faible tolérance, une SCI qui loue en meublé bascule de plein droit à l’IS, avec toutes les conséquences vues plus haut sur la revente.

Autrement dit, on ne « glisse » pas du meublé dans une SCI à l’IR sans risque : soit on l’assume à l’IS, soit on choisit une autre structure. Pour la location meublée, la détention en nom propre (LMNP) ou via une SARL de famille est généralement préférée, car elle combine l’amortissement (comme l’IS) avec un traitement plus favorable de la revente dans certains cas. La SCI reste, elle, l’outil de référence de la location nue et de la transmission patrimoniale : chaque structure a son terrain de jeu, et les mélanger est la source d’erreurs la plus fréquente.

C’est l’une des confusions les plus coûteuses du patrimoine immobilier : choisir la SCI « par réflexe » pour un projet de meublé, là où une autre enveloppe aurait été plus pertinente. Le choix de la structure précède le choix du régime. Voir le guide LMNP →

L’alternative SARL de famille

Pour la location meublée, une structure mérite d’être connue : la SARL de famille. Composée de membres d’une même famille, elle peut opter pour l’impôt sur le revenu tout en exerçant une activité commerciale comme le meublé, ce qu’une SCI ne peut pas faire sans basculer à l’IS.

Elle cumule alors deux avantages rarement réunis : la transparence fiscale (résultat imposé chez les associés, comme à l’IR) et l’amortissement du bien (comme en LMNP). Pour un projet de meublé familial, elle peut être plus pertinente qu’une SCI à l’IS, notamment sur le traitement de la revente. Le choix dépend de la composition du groupe familial et du projet.

L’idée à retenir : SCI n’est pas synonyme d’immobilier locatif. Selon que vous louez nu ou meublé, seul ou en famille, que vous visez le rendement ou la transmission, la bonne enveloppe peut être la SCI (IR ou IS), la SARL de famille, ou la détention en direct.

Le coût comptable de l’IS

Un facteur trop souvent oublié dans l’arbitrage : le coût de gestion. Une SCI à l’IR ne suppose qu’une déclaration de revenus fonciers, simple et peu coûteuse. Une SCI à l’IS impose en revanche une comptabilité commerciale complète : bilan, compte de résultat, tableau des amortissements, liasse fiscale, parfois assemblée et dépôt des comptes.

En pratique, cela implique presque toujours un expert-comptable, soit un budget annuel de plusieurs centaines à quelques milliers d’euros. Sur un petit projet, ce coût peut éroder une part notable de l’avantage fiscal de l’IS. Il doit figurer dans la comparaison, au même titre que l’impôt.

La transmission : l’atout commun

Sur la transmission, la SCI brille, quel que soit le régime. Détenir un immeuble via une société permet de transmettre des parts plutôt que le bien lui-même, et donc de fractionner la donation. Chaque parent peut donner à chaque enfant jusqu’à 100 000 € en franchise de droits tous les 15 ans, en parts de SCI, ce qui permet d’organiser une transmission progressive et largement défiscalisée.

La SCI facilite aussi le démembrement : on peut donner la nue-propriété des parts en conservant l’usufruit (donc les loyers), avec une assiette de droits réduite. Et elle évite l’indivision, souvent source de blocages entre héritiers : les statuts organisent la gouvernance, désignent un gérant et fixent les règles de cession des parts, ce qui sécurise la transmission entre générations et évite les conflits classiques de l’indivision successorale.

Nuance entre IR et IS sur ce terrain : la valorisation des parts peut différer (une SCI à l’IS porte une dette fiscale latente liée aux amortissements, qui peut peser sur la valeur des parts), et la stratégie de transmission s’articule différemment selon le régime. Mais dans les deux cas, la SCI reste un véhicule de transmission supérieur à la détention en direct.

SCI et expatriation : ce qui change pour un associé non-résident

Sujet central pour qui vit ou part à l’étranger : un associé non-résident d’une SCI détenant de l’immobilier en France reste imposable en France. Les conventions fiscales attribuent en effet l’imposition des revenus immobiliers à l’État où se situe le bien. Un non-résident associé d’une SCI à l’IR déclare donc ses revenus fonciers de source française et y est imposé, prélèvements sociaux compris dans la plupart des cas.

À la revente, la plus-value immobilière sur un bien situé en France est elle aussi taxée en France, même pour un non-résident, avec, au-delà de certains seuils, l’intervention d’un représentant fiscal accrédité. Et comme une SCI détenant surtout de l’immobilier français est « à prépondérance immobilière », la cession de ses parts par un non-résident est également imposable en France.

Pour une SCI à l’IS, la distribution de dividendes à un associé non-résident peut subir une retenue à la source, dont le taux est aménagé par la convention applicable. Autrement dit, l’expatriation ne fait pas échapper l’immobilier français à l’impôt français : elle ajoute une couche conventionnelle à maîtriser. Voir le guide du non-résident →

Cas chiffré sur 20 ans, revente comprise

Reprenons notre immeuble : acheté 300 000 €, 24 000 € de loyers, 6 000 € de charges, associé à 41 %, revendu 400 000 € après 20 ans. Comparons le coût fiscal total, détention + revente.

SCI à l’IRSCI à l’IS
Impôt cumulé sur les loyers (20 ans)≈ 210 000 €≈ 24 000 €
Impôt à la revente≈ 0 € (exonéré)≈ 90 000 € + distribution
Coût fiscal total (ordre de grandeur)≈ 210 000 €≈ 115 000 € + distribution

L’enseignement n’est pas « l’IS gagne toujours ». Il est que la réponse dépend de ce que vous faites du bien et de l’argent. Si vous comptez revendre et consommer le produit, l’écart se resserre fortement une fois la revente et la distribution intégrées, surtout pour une détention longue qui exonère la plus-value à l’IR. Si vous réinvestissez sans distribuer et transmettez les parts, l’IS peut conserver son avantage. Le bon réflexe : ne jamais comparer les deux régimes sur la seule année courante, mais sur le cycle complet.

Le cas où l’IS l’emporte vraiment

Pour équilibrer, prenons le profil où l’IS gagne sans ambiguïté. Karim, fortement imposé (tranche 45 %), acquiert à crédit un immeuble de rapport de 500 000 € générant 40 000 € de loyers, avec l’intention de bâtir un parc sur trente ans et de le transmettre à ses enfants, sans jamais revendre.

À l’IR, ses loyers s’ajouteraient à 45 % + 17,2 %, soit près de 30 000 € d’impôt annuel sur les loyers nets, un boulet qui freine tout réinvestissement. À l’IS, entre amortissement et intérêts d’emprunt, son résultat imposable est quasi nul les premières années : l’argent reste dans la société et finance l’acquisition suivante. Il ne distribue pas (donc pas de 30 %), et il transmettra les parts à ses enfants, évitant la revente de l’immeuble et son lot de plus-value professionnelle.

Dans ce scénario, haute tranche, effet de levier, capitalisation, transmission des parts, aucune revente, , l’IS déploie tous ses atouts sans déclencher son principal inconvénient. C’est le profil pour lequel il a été pensé. À l’inverse, l’investisseur qui veut un complément de revenu à consommer et revendre dans quinze ans devrait y réfléchir à deux fois : pour lui, la simplicité et la douceur de revente de l’IR pèsent souvent plus lourd que l’économie d’impôt annuelle de l’IS.

La grille de décision

Plutôt qu’une réponse unique, voici les signaux qui orientent vers l’un ou l’autre régime :

Penche vers l’IR si…Penche vers l’IS si…
Vous visez une détention longue puis une reventeVous ne comptez pas revendre (ou vous transmettez les parts)
Vous réalisez de gros travaux (déficit foncier)Vos loyers sont élevés et vos charges faibles
Votre tranche marginale est modéréeVotre tranche marginale est élevée et vous réinvestissez
Vous voulez consommer les loyersVous voulez capitaliser dans la société
Vous voulez garder de la souplesseVous acceptez un choix quasi définitif

Aucune ligne ne décide seule : c’est la combinaison qui tranche, et elle se modélise. Deux investisseurs avec le même immeuble peuvent légitimement choisir des régimes opposés selon leur horizon et leur besoin de liquidité. C’est précisément pourquoi un comparateur générique ne suffit pas : seul un calcul sur vos propres paramètres, tranche d’imposition, montant et durée d’emprunt, ampleur des travaux, projet de revente ou de transmission, donne une réponse fiable. Une décision quasi irréversible mérite ce niveau de précision.

Les erreurs fréquentes

1. Opter pour l’IS sur le seul gain annuel. Le faible impôt pendant la détention masque la facture de la revente. C’est l’erreur la plus coûteuse, et elle est quasi irréversible.

2. Faire du meublé dans une SCI à l’IR. Bascule à l’IS de plein droit, souvent subie plutôt que choisie.

3. Ignorer la distribution. À l’IS, l’argent peu fiscalisé est dans la société ; le sortir coûte 30 %. Le « faible impôt » suppose de ne pas consommer.

4. Oublier le terrain. Le terrain ne s’amortit pas : une part du prix échappe à l’amortissement, ce qui réduit l’avantage IS sur les biens à forte valeur de terrain.

5. Choisir la SCI avant le projet. La structure doit suivre la stratégie (locatif nu, meublé, transmission, rendement ou capitalisation), pas l’inverse. On choisit d’abord ce qu’on veut faire, ensuite l’enveloppe, et seulement après le régime fiscal.

6. Raisonner sur un an. Le seul calcul qui compte est celui du cycle complet, revente et transmission incluses.

Votre checklist

Avant de créer la SCI ou d’opter pour l’IS :

1. Définir l’horizon : détention longue avec revente, ou conservation/transmission ?
2. Estimer le profil de charges : gros travaux (déficit foncier) ou loyers élevés peu chargés (amortissement) ?
3. Identifier le besoin de liquidité : consommer les loyers ou capitaliser ?
4. Modéliser le cycle complet : détention + revente + distribution, pas la seule année 1.
5. Vérifier la nature de la location : nu (compatible IR) ou meublé (IS de plein droit) ?
6. Mesurer l’irréversibilité : êtes-vous prêt à un choix IS quasi définitif ?
7. Cadrer la transmission : donation de parts, démembrement, calendrier des 15 ans.

Questions fréquentes

Quel régime paie le moins d’impôt ?

Pendant la détention, l’IS, grâce à l’amortissement. Mais sur le cycle complet, revente comprise, la réponse s’inverse souvent pour une détention longue, car la plus-value IR est exonérée à terme tandis que l’IS réintègre les amortissements. Le bon calcul est celui du cycle entier.

L’option pour l’IS est-elle réversible ?

En principe non. Vous pouvez y renoncer jusqu’au terme de la cinquième année suivant l’option ; au-delà, le choix de l’IS devient définitif.

Puis-je amortir mon bien à l’IR ?

Non. L’amortissement de l’immeuble n’existe qu’à l’IS. À l’IR, vous déduisez les charges réelles (dont les travaux), mais pas une fraction du prix du bien.

Pourquoi la revente est-elle si lourde à l’IS ?

Parce que la plus-value se calcule sur la valeur nette comptable : tous les amortissements pratiqués sont réintégrés, sans abattement pour durée de détention. Ce que l’amortissement vous a fait économiser est largement repris.

Puis-je louer en meublé via une SCI à l’IR ?

Pas sans risque : la location meublée est commerciale et fait basculer la SCI à l’IS de plein droit au-delà d’une faible tolérance. Pour le meublé, le LMNP en nom propre ou la SARL de famille sont souvent préférables.

La SCI aide-t-elle à transmettre ?

Oui, et c’est l’un de ses grands atouts, quel que soit le régime : donation progressive de parts (100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans), démembrement, et sortie de l’indivision.

Le micro-foncier s’applique-t-il à une SCI ?

Le régime micro-foncier (abattement de 30 %) peut s’appliquer sous conditions et en dessous de 15 000 € de loyers bruts, mais il est rarement optimal dès qu’il y a des travaux ou des intérêts d’emprunt à déduire.

Faut-il un expert-comptable pour une SCI à l’IS ?

En pratique, oui : l’IS impose une comptabilité commerciale (bilan, amortissements, liasse fiscale), bien plus lourde que la simple déclaration de revenus fonciers de l’IR. C’est un coût à intégrer dans l’arbitrage.

Peut-on réduire l’impôt de revente en vendant les parts ?

Partiellement. Céder les parts relève des plus-values sur titres (PFU 30 %) au lieu de la plus-value professionnelle sur l’immeuble, mais l’acquéreur hérite de la dette fiscale latente et négocie le prix à la baisse. Le gain se paie d’une décote.

Le terrain s’amortit-il à l’IS ?

Non. Seul le bâti s’amortit, par composants. Le terrain, réputé ne pas se déprécier, échappe à l’amortissement, ce qui réduit l’avantage de l’IS sur les biens à forte valeur foncière.

Pour du meublé, SCI ou SARL de famille ?

La SCI à l’IR est incompatible avec le meublé (bascule à l’IS). La SARL de famille, elle, peut rester à l’IR tout en pratiquant le meublé et l’amortissement : c’est souvent une meilleure option pour un projet meublé familial.

Je suis non-résident, ma SCI française est-elle imposée en France ?

Oui. L’immobilier situé en France reste imposable en France, quelle que soit votre résidence : revenus fonciers, plus-value de revente, et même cession des parts d’une SCI à prépondérance immobilière. La convention fiscale aménage les modalités, pas le principe.

Quand dois-je opter pour l’IS ?

L’option se notifie au service des impôts, dès la création ou en cours de vie (en principe avant la fin du troisième mois de l’exercice concerné). Opter dès l’acquisition maximise le levier d’amortissement ; opter plus tard a des conséquences sur la valeur d’entrée des biens.

L’IS est-il toujours plus avantageux pour un haut revenu ?

Pendant la détention, souvent oui, surtout avec un emprunt. Mais seulement s’il ne distribue pas et ne revend pas l’immeuble. Pour un haut revenu qui capitalise et transmet les parts, l’IS est taillé sur mesure ; pour celui qui veut consommer et revendre, l’avantage fond une fois la sortie intégrée.

Le bon régime pour votre SCI

Le diagnostic modélise l’IR et l’IS sur tout le cycle de votre projet, loyers, travaux, revente, transmission, et vous dit lequel vous coûte le moins, chiffres à l’appui. Comparer mon cas →

Sources : CGI art. 8 (sociétés de personnes), art. 206 et 239 (option IS et irrévocabilité), art. 150 U et s. (plus-values immobilières des particuliers), art. 39 C et s. (amortissements). Contenu pédagogique à jour en juin 2026, qui ne remplace pas une analyse personnalisée.