La prime d’impatriation et le régime des impatriés (article 155 B)
Vous êtes recruté de l’étranger pour venir travailler en France ? Le régime des impatriés peut exonérer une large part de votre rémunération pendant plusieurs années. C’est l’un des dispositifs les plus avantageux d’Europe pour attirer les talents internationaux, mais aussi l’un des plus précis et des plus sous-utilisés, faute d’être correctement mis en place dès l’embauche. Voici comment fonctionne l’article 155 B, qui en bénéficie, et ce qu’il exonère réellement.
Ce guide couvre : le principe du régime, les conditions d’éligibilité, l’exonération de la prime d’impatriation, le forfait de 30 %, l’exonération de la part « activité à l’étranger », le plafonnement global, l’exonération de 50 % sur certains revenus passifs étrangers, la durée du régime, le bouclier IFI et le cas des nationaux français de retour. Avec un cas chiffré et une checklist.
Le régime impatriés (155 B)
L’article 155 B du CGI institue un régime de faveur pour les salariés et dirigeants appelés de l’étranger à occuper un emploi en France. Il permet d’exonérer d’impôt sur le revenu une partie significative de leur rémunération, ainsi que certains revenus de source étrangère, pendant une durée limitée.
L’objectif est clair : rendre la France attractive pour les talents internationaux, en allégeant temporairement la fiscalité de ceux qui viennent s’y installer pour travailler. C’est un dispositif d’attractivité, qui ne s’adresse qu’à des profils venus de l’étranger.
Bien utilisé, le régime peut représenter, sur sa durée, une économie d’impôt très importante. Mais il suppose de remplir des conditions précises et de structurer correctement sa rémunération dès l’embauche. C’est tout l’enjeu de ce guide.
Qui peut en bénéficier
Le régime s’adresse aux personnes appelées de l’étranger à occuper un emploi dans une entreprise établie en France, qu’il s’agisse d’un recrutement direct à l’étranger ou d’une mobilité intragroupe. La voie importe peu : ce qui compte, c’est d’être appelé depuis l’étranger.
Condition centrale : ne pas avoir été résident fiscal de France au cours des cinq années civiles précédant la prise de fonctions. Cette condition d’absence de résidence est appréciée strictement sur ces cinq années, et non à la seule date d’arrivée.
Il faut par ailleurs devenir résident fiscal de France au titre de cette installation. Le régime concerne donc l’impatrié qui devient imposable en France sur ses revenus mondiaux, et non le non-résident. Vérifier ces conditions de résidence et de recrutement est le préalable à tout : c’est leur respect, et non la seule volonté d’en bénéficier, qui ouvre le régime.
La prime d’impatriation
Le cœur du régime est l’exonération de la prime d’impatriation : le supplément de rémunération versé en lien avec l’installation en France. Cette prime, directement liée à la venue en France, est exonérée d’impôt sur le revenu pour son montant réel, à condition d’être clairement identifiée.
Elle correspond, en pratique, à l’avantage financier consenti pour attirer le salarié en France, par-delà la rémunération qu’il aurait perçue pour les mêmes fonctions. C’est l’élément le plus précieux du régime pour la plupart des impatriés, car la prime liée à une mobilité internationale peut représenter une part substantielle de la rémunération.
Encore faut-il que cette prime soit prévue au contrat ou dans la lettre de mission, idéalement fixée avant la prise de fonctions, pour pouvoir être reconnue comme exonérée. Une prime mal formalisée fragilise tout l’avantage. Voir le guide impatriés (EN) →
Le forfait de 30 %
Lorsque la prime n’est pas distinctement identifiée, notamment pour un recrutement direct depuis l’étranger, , le salarié peut opter pour une évaluation forfaitaire de la prime d’impatriation, fixée à 30 % de sa rémunération. Cette fraction est alors exonérée, sans avoir à isoler ni justifier une prime contractuelle, ce qui simplifie nettement la mise en œuvre.
Ce forfait simplifie considérablement les choses : il donne une exonération claire et prévisible, particulièrement utile quand la rémunération n’a pas été décomposée en prime et salaire de base. Beaucoup d’impatriés recrutés directement à l’étranger l’utilisent, car il évite d’avoir à isoler et justifier une prime contractuelle qui n’a parfois jamais été clairement fixée.
Le choix entre prime réelle et forfait de 30 % dépend donc de la structuration de la rémunération : prime contractuelle bien identifiée d’un côté, forfait simple de l’autre. Les deux conduisent à exonérer une part substantielle du salaire de l’impatrié pendant toute la durée du régime.
Le diagnostic vérifie l’éligibilité (155 B), chiffre la prime exonérée et le plafonnement sur votre cas. Vérifier mon éligibilité →
La part « activité à l’étranger »
Au-delà de la prime, le régime exonère aussi la fraction de la rémunération correspondant à l’activité exercée à l’étranger dans l’intérêt de l’employeur. Les jours de travail réellement effectués hors de France, dans le cadre de l’emploi, ouvrent une exonération supplémentaire, qui s’ajoute à celle de la prime dans la limite du plafonnement global.
Plus l’impatrié effectue de déplacements professionnels à l’étranger, plus cette part exonérée augmente, dans la limite du plafonnement global examiné plus loin. Les jours doivent être réels et justifiables (ordres de mission, justificatifs de déplacement), et non simplement contractuels, car c’est sur ces éléments que repose l’exonération de la part « activité à l’étranger » en cas de contrôle de l’administration.
Cette exonération vient s’ajouter à celle de la prime d’impatriation : un impatrié très mobile à l’international peut ainsi voir une part importante de son salaire sortir de l’impôt français, dans les limites prévues.
Le plafonnement global
L’avantage n’est pas illimité. L’exonération combinée, prime d’impatriation et part « activité à l’étranger », est soumise à un plafonnement, conçu pour rester proportionné. Le contribuable choisit, en pratique, la plus favorable de deux limites, qu’il convient de recalculer chaque année selon la part de jours travaillés à l’étranger.
Selon la première limite, l’exonération totale (prime + jours à l’étranger) ne peut excéder 50 % de la rémunération totale. Selon la seconde, la prime est exonérée en totalité mais l’exonération de la seule part « jours à l’étranger » est plafonnée à 20 % du salaire imposable. La plus avantageuse s’applique.
Ce choix compte : pour un salarié très mobile, l’une des limites libère davantage que l’autre. Tester les deux calculs, chaque année, fait partie d’une utilisation optimale du régime, le plafond étant un vrai levier de pilotage dont le résultat évolue avec la part de jours travaillés à l’étranger.
Les revenus passifs étrangers (50 %)
Le régime ne se limite pas au salaire. Il exonère aussi, à hauteur de 50 %, certains revenus de source étrangère de l’impatrié : notamment des revenus de capitaux mobiliers (dividendes, intérêts) étrangers et des plus-values de cession de valeurs mobilières étrangères, sous conditions.
Cette exonération de 50 % ne s’applique toutefois qu’aux revenus provenant d’un État ayant conclu avec la France une convention comportant une clause d’assistance administrative. Les revenus issus d’un État sans une telle clause n’y ouvrent pas droit, ce qui doit se vérifier source par source.
L’avantage du régime déborde ainsi le salaire pour toucher une partie du patrimoine financier étranger de l’impatrié. Cartographier les revenus étrangers éligibles, source par source et catégorie par catégorie, est essentiel avant de s’appuyer sur cette exonération de 50 %.
La durée : jusqu’à 8 ans
Le régime des impatriés s’applique, au mieux, jusqu’à la huitième année suivant la prise de fonctions en France. C’est une fenêtre longue, pendant laquelle une part importante de la rémunération peut échapper à l’impôt français, sans équivalent dans l’imposition de droit commun.
Cette durée se décompte à partir de l’année de prise de fonctions, et le bénéfice cesse à son terme, quoi qu’il arrive. Anticiper la sortie du régime, lorsque l’imposition ordinaire reprend pleinement, est aussi important que d’en profiter : la huitième année, le revenu jusque-là exonéré redevient pleinement imposable, ce qui peut représenter un saut d’imposition significatif s’il n’a pas été préparé.
Penser le régime sur toute sa durée, et préparer l’« après », permet d’en tirer le meilleur sans mauvaise surprise la huitième année. C’est un avantage temporaire, à exploiter pleinement tant qu’il dure, en veillant à activer chaque levier (prime, jours étrangers, revenus passifs, bouclier IFI) sur l’ensemble de la période.
Le bouclier IFI
Le régime comporte un avantage patrimonial souvent méconnu : pendant la durée du régime, l’impatrié n’est, en principe, redevable de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) qu’à raison de ses biens immobiliers situés en France, et non de son immobilier mondial.
C’est un véritable « bouclier » temporaire : l’immobilier détenu à l’étranger échappe à l’IFI français pendant les années du régime, ce qui complète l’exonération d’impôt sur le revenu. L’avantage du régime ne se limite donc pas aux revenus.
Pour un impatrié détenant un patrimoine immobilier important hors de France, ce bouclier IFI peut peser lourd dans le bilan global du régime, en exonérant temporairement d’IFI une part majeure de son patrimoine. C’est un paramètre à intégrer dans toute analyse d’opportunité. Voir l’IFI de l’expatrié →
Les nationaux français de retour
Idée reçue tenace : le régime serait réservé aux étrangers. C’est faux. Un national français qui revient en France après plusieurs années passées à l’étranger peut parfaitement en bénéficier, dès lors qu’il remplit la condition d’absence de résidence pendant les cinq années précédentes.
La nationalité n’est pas un critère pertinent : ce qui compte, c’est l’absence de résidence fiscale française durant la période de cinq ans requise et le fait d’être effectivement appelé de l’étranger pour occuper l’emploi. Un cadre français rentrant après une expatriation de plusieurs années peut donc être pleinement éligible, à condition d’avoir rompu sa résidence fiscale française pendant les cinq années requises.
Beaucoup de Français de retour ignorent cette possibilité et renoncent, à tort, à plusieurs années d’exonération. Vérifier son éligibilité au régime des impatriés est un réflexe à avoir avant tout retour en France. Voir le guide du retour →
Dirigeants et mandataires
Le régime ne vise pas que les salariés au sens strict. Certains dirigeants et mandataires sociaux appelés de l’étranger pour exercer des fonctions de direction dans une entreprise française peuvent, sous conditions, en bénéficier également, dès lors qu’ils remplissent les critères d’éligibilité.
Cette ouverture est importante pour les groupes qui font venir en France des cadres dirigeants ou des mandataires sociaux : le régime impatriés peut alors s’appliquer à leur rémunération de direction, comme à celle d’un salarié, avec les mêmes exonérations et le même plafonnement.
La qualification exacte du mandat et des fonctions est toutefois déterminante, et mérite une analyse au cas par cas. Tous les mandataires ne sont pas éligibles : c’est la nature des fonctions et le respect des conditions générales qui l’emportent.
Changement d’employeur
Une question fréquente : le régime survit-il à un changement d’employeur ? En principe, le bénéfice du régime est attaché à la prise de fonctions initiale en France. Un changement d’employeur en cours de période peut, selon les cas et les conditions, remettre en cause ou non le maintien des avantages.
Une mobilité au sein du même groupe est généralement mieux tolérée qu’un changement vers un employeur tiers sans lien. La continuité du bénéfice dépend ainsi de la nature du changement et du respect des conditions, et doit être vérifiée avant toute mobilité.
Mieux vaut donc, avant de changer de poste pendant le régime, faire analyser l’impact sur les exonérations en cours. Un changement mal anticipé peut faire perdre des années d’avantage qu’un peu de préparation aurait préservées.
Articulation avec le PFU
L’exonération de 50 % sur certains revenus passifs étrangers s’articule avec la fiscalité de droit commun des revenus du capital, notamment le prélèvement forfaitaire unique (PFU). La fraction non exonérée de ces revenus reste imposée selon les règles ordinaires applicables au contribuable.
Concrètement, le régime impatriés exonère une part des revenus passifs étrangers éligibles, le solde suivant le régime de droit commun (PFU ou barème, selon l’option). Les deux logiques se combinent : exonération partielle d’un côté, imposition ordinaire du reste de l’autre.
Comprendre cette articulation évite de surestimer l’avantage : l’exonération de 50 % réduit la base, mais ne supprime pas toute imposition des revenus du capital. C’est une optimisation, non une exonération totale du patrimoine financier.
Comment en bénéficier
Le régime n’est pas automatique : il doit être correctement appliqué sur la déclaration, avec les montants exonérés portés dans les bonnes rubriques et la prime d’impatriation clairement identifiée. La prime est généralement structurée dans le contrat de travail ou la lettre de mission, idéalement fixée à l’avance, faute de quoi le contribuable se rabat sur le forfait de 30 %.
La documentation est essentielle tout au long : l’absence de résidence pendant cinq ans, les conditions du recrutement depuis l’étranger, le détail des jours travaillés hors de France, et la source des revenus étrangers exonérés à 50 %. Ce sont les éléments que l’administration peut demander à voir.
Soigner le montage contractuel et la déclaration est donc aussi important que de remplir les conditions. Un régime valant jusqu’à huit ans d’exonération substantielle mérite d’être revendiqué avec soin, du contrat à chaque déclaration annuelle. La charge de la preuve pesant sur le bénéficiaire, la documentation conservée année après année est ce qui sécurise l’avantage en cas de contrôle.
Détaché ou impatrié ?
Il ne faut pas confondre le régime des impatriés (article 155 B) avec celui du salarié détaché (article 81 A). L’impatrié vient de l’étranger s’installer en France pour y travailler, en devenant résident ; le détaché est, à l’inverse, un résident de France envoyé travailler à l’étranger.
Les deux régimes répondent donc à des mouvements opposés : l’un attire en France des talents venus de l’étranger, l’autre accompagne le salarié français en mission hors de France. Leurs conditions, leurs exonérations et leurs logiques diffèrent entièrement.
Identifier le bon régime selon le sens du mouvement est essentiel : on n’applique pas l’article 155 B à un détachement, ni l’article 81 A à une impatriation. C’est le sens de la mobilité qui détermine le dispositif applicable. Voir le salarié détaché (81 A) →
Cas chiffré
Sarah, recrutée de l’étranger par une société française après sept ans passés hors de France, perçoit 200 000 € de rémunération. Son contrat ne fixe pas de prime distincte : elle opte donc pour le forfait de 30 %, soit 60 000 € traités comme prime d’impatriation exonérée.
Son impôt sur le revenu est alors calculé sur environ 140 000 € au lieu de 200 000 €, et ce jusqu’à huit ans. S’y ajoute l’exonération de 50 % d’une partie de ses dividendes étrangers, et le bouclier IFI sur son immobilier hors de France. L’économie cumulée sur les huit années du régime se chiffre, pour une rémunération élevée, en dizaines voire en centaines de milliers d’euros.
| Élément | Effet |
|---|---|
| Forfait prime 30 % | 60 000 € exonérés |
| Base imposable | ≈ 140 000 € au lieu de 200 000 € |
| Immobilier étranger | Hors IFI (bouclier) |
Les erreurs fréquentes
1. Croire le régime réservé aux étrangers, les nationaux de retour y ont droit.
2. Mal formaliser la prime d’impatriation (non fixée avant la prise de fonctions).
3. Oublier le forfait de 30 % quand la prime n’est pas isolée.
4. Négliger le plafonnement et ne pas tester les deux limites.
5. Oublier l’exonération de 50 % sur certains revenus passifs étrangers.
6. Ignorer le bouclier IFI sur l’immobilier étranger.
Votre checklist
Pour activer le régime des impatriés :
1. Vérifier l’éligibilité (appelé de l’étranger, 5 ans de non-résidence).
2. Devenir résident fiscal de France à l’installation.
3. Structurer la prime au contrat, ou opter pour le forfait de 30 %.
4. Valoriser la part « activité à l’étranger » (jours réels justifiés).
5. Tester le plafonnement (50 % global ou 20 % jours étrangers).
6. Activer l’exonération de 50 % sur les revenus passifs étrangers éligibles.
7. Anticiper la sortie du régime et le bouclier IFI.
Sur le même thème
Le retour en FranceSalarié détaché (art. 81 A)L’IFI de l’expatriéImpatriate regime (EN)Questions fréquentes
Qu’exonère le régime des impatriés ?
La prime d’impatriation (réelle ou forfait de 30 %), la part de rémunération correspondant à l’activité exercée à l’étranger, et 50 % de certains revenus passifs de source étrangère, le tout dans la limite d’un plafonnement global et pendant huit ans au plus.
Un Français peut-il en bénéficier ?
Oui. La nationalité n’est pas un critère. Un national français de retour est éligible s’il n’a pas été résident fiscal de France pendant les cinq années civiles précédant sa prise de fonctions et s’il est appelé de l’étranger.
Quelle est la condition principale ?
Ne pas avoir été résident fiscal de France au cours des cinq années civiles précédant la prise de fonctions, et devenir résident de France à l’occasion de cette installation pour occuper un emploi.
Combien de temps dure le régime ?
Jusqu’à la huitième année suivant la prise de fonctions en France. Le bénéfice cesse à son terme, ce qui invite à anticiper la reprise de l’imposition de droit commun.
Qu’est-ce que le forfait de 30 % ?
Une évaluation forfaitaire de la prime d’impatriation, fixée à 30 % de la rémunération, utilisable notamment en cas de recrutement direct depuis l’étranger, lorsque la prime n’est pas distinctement identifiée au contrat.
Le régime touche-t-il l’IFI ?
Oui, par un « bouclier » : pendant la durée du régime, l’impatrié n’est en principe redevable de l’IFI qu’à raison de ses biens immobiliers situés en France, son immobilier étranger en étant temporairement exclu.
Le diagnostic chiffre la prime exonérée, le plafonnement et le bouclier IFI de votre régime impatriés. Chiffrer mon régime →
Sources : CGI art. 155 B (régime des impatriés), art. 964 et s. (IFI) ; conventions fiscales bilatérales (clause d’assistance administrative). Contenu pédagogique à jour en juin 2026, qui ne remplace pas une analyse personnalisée.