Rentrer de Londres ou investir en France depuis le Royaume-Uni : la référence complète
Le Royaume-Uni est le cas le plus technique des trois grands pays de retour : contrairement à Dubaï ou Singapour, il taxe les plus-values (CGT), son régime des non-domiciliés a été aboli en avril 2025, et le Brexit a réécrit la protection sociale. Bonne nouvelle : bien ordonnée, la partie se joue très bien, avec en prime un privilège que les expatriés du Golfe n’ont pas : les 7,5 %. Mal ordonnée, elle coûte deux fois.
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Deux chiffres suffisent pour l’ordre de grandeur. Le détail exact relève du diagnostic.
Hypothèses : prime d’impatriation 30 %, TMI 30 % ; purge = différentiel estimé entre CGT britannique (abattement annuel et taux UK) et flat tax française 2026 (31,4 %), retenu forfaitairement à 12 % des plus-values. Estimation indicative : l’arbitrage réel se fait ligne par ligne.
La convention France-Royaume-Uni du 19 juin 2008, en clair
Convention moderne, modèle OCDE : immobilier imposé au lieu de situation, plus-values mobilières à l’État de résidence, critères successifs en cas de double résidence. Sa vraie richesse, au retour, est l’articulation avec le droit interne britannique : l’année fiscale UK court d’avril à avril, et le « split year treatment » permet, bien utilisé, de découper l’année de départ et de choisir précisément quel fisc voit quoi, et quand. Deux calendriers fiscaux qui ne se recouvrent pas, c’est une contrainte pour les distraits et un outil pour les organisés.
Plus-values : l’équation à deux fiscs
Vendre avant de rentrer reste la bonne idée côté français (pas d’imposition française du non-résident), mais le Royaume-Uni applique sa Capital Gains Tax aux résidents britanniques : la purge « gratuite » à la dubaïote n’existe pas depuis Londres. L’équation se résout avec le calendrier : abattement annuel de CGT (utilisable deux fois en étalant les cessions sur deux années fiscales UK), taux britanniques souvent inférieurs à la flat tax française de 31,4 %, et règles de « temporary non-residence » si votre expatriation a été courte. Concrètement : on compare, ligne par ligne, CGT aujourd’hui contre flat tax demain, on étale quand l’abattement le permet, et on documente tout. Sur 60 000 € de latentes, le gain net de l’arbitrage atteint couramment 5 000 à 9 000 € : moins spectaculaire que Dubaï, loin d’être négligeable.
La fin du régime non-dom (avril 2025) change les retours
Le régime des « non-domiciled » (remittance basis) a été supprimé en avril 2025, remplacé par un régime temporaire d’exonération des revenus étrangers limité aux quatre premières années de résidence (régime FIG). Si vous étiez non-dom, vos revenus étrangers historiques et leur rapatriement obéissent à des règles transitoires spécifiques : ne rapatriez rien, ne vendez rien, sans avoir vérifié les deux législations, l’ordre des opérations peut transformer un capital propre en revenu imposable. Pour beaucoup de Français de Londres, la réforme de 2025 a précisément déclenché le projet de retour : raison de plus pour l’ordonner proprement, le fisc britannique regarde les départs de près depuis la réforme.
ISA, pensions : les enveloppes britanniques face au droit français
L’ISA est une enveloppe magique au Royaume-Uni et une coquille vide en France : la France n’en reconnaît pas l’exonération, ses dividendes et gains deviennent imposables dès votre retour. L’arbitrage (solder, basculer, conserver) se fait avant, pas après. Les pensions sont l’inverse : la state pension UK se totalise avec vos trimestres français grâce à l’accord post-Brexit, et vos workplace pensions méritent une cartographie (frais, fiscalité de sortie côté France via la convention, opportunité ou non d’un transfert). Règle de prudence : on ne transfère jamais une pension UK par défaut, les frais et la fiscalité de transfert dépassent souvent le bénéfice.
La frise des 12 mois avant l’Eurostar
Cartographie UK
Plus-values latentes et abattements CGT disponibles ; statut non-dom historique et règles transitoires FIG ; ISA et pensions cartographiés ; 5 ans de non-résidence française vérifiés.
L’arbitrage CGT
Cessions étalées sur les bons exercices UK (avril-avril) ; ISA arbitré ; split year treatment anticipé avec un calendrier écrit.
Contrat, crédit
Contrat français signé DEPUIS le UK (même à 2 h 16 de Paris) avec clause d’impatriation ; dossier de crédit monté sur salaire londonien.
Sortie propre
Formulaire P85 transmis à HMRC ; relevés National Insurance archivés ; comptes et transferts GBP/EUR arbitrés ; bail et conseils de quartier soldés.
L’atterrissage
Transfert de résidence documenté ; PUMa (la GHIC ne suffit plus) ; première déclaration française ; réclamation 7,5 % si des PS ont été mal prélevés par le passé.
Le jour J : avant / après
| Sujet | La veille (résident UK) | Le lendemain (résident France) |
|---|---|---|
| Plus-values mobilières | CGT UK (abattements, taux locaux) | −31,4 % flat tax sur gains futurs et latents non arbitrés |
| ISA | Exonéré au UK | Enveloppe non reconnue : gains imposables en France |
| PS sur loyers français | 7,5 % (affiliation UK) | 17,2 % (résident France) : le privilège s’éteint au retour |
| Salaire français | Sans objet | +10 à 13 k€/an préservés SI impatriés activé avant |
| Retraite | National Insurance + workplace pensions | Totalisation UE-UK : vos années UK comptent pour le calcul français |
Investir depuis le UK : l’avantage caché des 7,5 %
C’est le privilège du Français de Londres : affilié à la sécurité sociale britannique, vous échappez à la CSG-CRDS sur vos revenus immobiliers français et ne payez que le prélèvement de solidarité de 7,5 %, contre 17,2 % pour un résident de Dubaï (acquis post-Brexit, maintenu). Sur 20 000 € de revenus fonciers nets, c’est environ 2 000 € d’écart chaque année. Si on vous a prélevé 17,2 % à tort, la réclamation rétroactive est possible dans le délai de droit commun : vérifiez vos deux derniers avis, c’est la première chose que nous contrôlons en mission. Côté crédit, les salaires londoniens sont bien notés, avec une décote de change sur la livre selon les banques, 20 à 30 % d’apport, et l’habitude des dossiers UK rend certaines banques régionales étonnamment rapides.
Protection sociale post-Brexit
L’accord de commerce et de coopération UE-UK maintient une coordination réelle : totalisation des périodes pour la retraite (vos années de National Insurance comptent pour le calcul français), soins en séjour via la carte GHIC. Mais la bascule au retour reste à orchestrer : P85 côté britannique, PUMa côté français avec certificats à l’appui, et continuité de prévoyance pendant la transition. Les années UK ne se « perdent » pas, à condition de garder les preuves : relevés NI archivés avant la fermeture des accès en ligne.
Trois erreurs réelles, vues en mission
Trois jours avant la fin de l’année fiscale UK : un seul abattement CGT utilisé au lieu de deux, 4 200 € d’impôt britannique payés en trop. Le même portefeuille vendu en deux fois, 2 avril et 8 avril, passait sous les deux abattements.
Exonéré au UK, pas en France : deux ans de dividendes non déclarés à régulariser, avec intérêts. L’enveloppe se vide ou s’arbitre avant le retour, pas après.
Affiliés UK, ils auraient dû être à 7,5 % sur leurs loyers français. Réclamation déposée : trois années récupérées, la quatrième prescrite. 1 900 € perdus pour un avis jamais relu.
Vrai / Faux express
Checklist départ du Royaume-Uni (extraite du Kit Mobilité)
Arbitrage CGT exécuté sur les bons exercices fiscaux UK (abattements x2 si possible) ; split year treatment calé par écrit ; ISA soldés ou arbitrés avant le retour ; pensions cartographiées, décision de transfert documentée (souvent : ne pas transférer) ; règles transitoires non-dom vérifiées le cas échéant ; formulaire P85 transmis à HMRC ; relevés National Insurance archivés ; contrat français signé depuis le UK avec clause d’impatriation ; réclamation 7,5 % vérifiée sur les avis passés ; transferts GBP/EUR comparés.
FAQ Londres
Je garde mon ISA ? L’enveloppe reste britannique, mais la France n’en reconnaît pas l’exonération : dividendes et gains deviennent imposables en France au retour. À arbitrer avant.
Ma pension workplace UK, je la transfère ? Parfois, jamais par défaut : frais et fiscalité de transfert dépassent souvent le bénéfice. Cartographie d’abord, décision ensuite.
J’étais non-dom : mes comptes offshore historiques ? Règles transitoires de la réforme 2025 : chaque rapatriement se vérifie avant exécution. C’est LE sujet de mission de ceux qui rentrent de Londres depuis un an.
Je fais des allers-retours Paris-Londres chaque semaine : suis-je vraiment résident UK ? Le Statutory Residence Test britannique et l’article 4 B français peuvent se contredire : c’est la convention qui tranche, sur vos faits réels. Un audit de résidence évite les très mauvaises surprises.
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Sources : Convention fiscale France-UK du 19 juin 2008 ; réforme UK des non-doms (Finance Act 2025, régime FIG) ; accord de commerce et de coopération UE-UK ; HMRC (split year, P85, CGT) ; CGI art. 155 B, 197 A ; LFSS 2026.